Chronique d’un week-end culturel (ou comment l'État s'est mis à la page)
Chronique d’un week-end culturel (ou comment l'État s'est mis à la page)
- Acte I : La dictée salvatrice de Barumbu
Le matin — puisqu’il faut bien un matin pour commencer une journée, sous peine de voir le concept même de "jour" s’effondrer (bien que notre météo nationale tente parfois de nous prouver le contraire sur plusieurs mois) —, le samedi 27 juin 2026 s’est levé.
Et ce matin-là, "Nous" étions sur le pont. Dans ce "Nous", rangez d’abord le DG du puissant Service Spécialisé du Ministère de la Culture, Arts et Patrimoine : le Réseau Lecture Pour Tous (RLPT). Ajoutez-y nos vaillants cadres. Enfin, glissez-nous-y aussi, mais attention : pas en tant que Maudit ni Sage ni Monsieur Juste. Non, ces trois-là essayent tant bien que mal de se reposer maintenant car la cause de l’État est une maîtresse jalouse qui exige toute notre attention. Prenez-nous donc ici sous notre casquette de DICA — je vous expliquerai un jour, c’est une très, très, très longue histoire administrative, mais retenez juste que le "D" veut dire Directeur. Et I , Inspection … pour le reste, lisez Mathieu 7,7 : cherchez et vous … trouerez !
Et donc notre joyeuse délégation s’est donc installée à la bibliothèque de l’association Coup de Pouce ( quel travail abattu en passant ) pour la grande finale du concours de dictée, nichée dans la grande salle paroissiale de Saint-Paul à Barumbu. Séquence nostalgie immédiate oblige !
Le protocole s'est déroulé avec une fluidité presque poétique :
1. Le Bourgmestre de Barumbu a ouvert le bal avec une allocution vibrante mettant la lecture sur un piédestal.
2. Le DG du RLPT (vous avez suivi, j’espère) est monté à la chaire pour littéralement évangéliser l’assistance sur les bienfaits du livre.
3. Les organisateurs ont embrayé pour prêcher, eux aussi, pour la même paroisse littéraire.
Puis vint le moment fatidique : la dictée ! S'en sont suivies la visite de la bibliothèque, la traditionnelle pause cocktail, et la remise des récompenses aux dix meilleurs élèves. Le DG n’a pas manqué de faire ce que nous savons faire de mieux : distribuer la connaissance en offrant des livres à toute l'assistance. La chance ! Mention spéciale d’autosatisfaction (très) méritée : Un grand merci aux organisateurs d’avoir eu le goût exquis d’acheter, pour chaque élève lauréat, un exemplaire de Le Sage avait raison de... (suivez mon regard) et d’Idylle obsidionale d'Alice Sakina !
Acte II : L'excitante traversée de Kinshasa et le marathon des Inattendus
De là, transition directe (ou plutôt absence totale de transition) vers notre seconde maison : le Ministère de la Culture, Arts et Patrimoine. La route n'a pas été longue, le soleil avait décidé de rester discret, et heureusement que le "phénomène moto" excite encore l’asphalte de Kinshasa. Nous avons sauté sur deux roues pour fendre une ville étrangement calme pour un samedi. La ville était seule ! Chose anormale. On aurait dit que Kin avait décidé de garder ses décibels pour les jours ouvrables. Quelle idée…
Nous voilà donc arrivés — "Nous", les agents et cadres du RLPT — pour assister à un moment historique orchestré par le collectif Les Inattendus. Les comédiens du collectif ont prêté leurs voix au vibrant recueil Le Bictari de la poétesse Yolande Elebe, ainsi qu'aux extraits des six œuvres choisies pour leur sensibilité poétique ! Le temps s'est arrêté.
Un immense bravo à cette brigade de lecteurs passionnés qui nous a fait voyager : Queline Kikara, Alice Sakina, Joël Matondo, Daniela Sukisa, Aaron Ndenge, Ruth Umba, Ya Mzee.
Acte III : Les grandes annonces et la guerre des livres
Évidemment, le représentant du DG du RLPT (vous ne l'avez pas déjà oublié ?) a repris le micro pour rassurer les amoureux des lettres : l’institution est là, elle soutient, et elle pèse dans le game culturel. La preuve ? Le RLPT sera au premier rang pour le Festival de Lecture Publique prévu les 20, 21 et 22 août 2026, avec la brillante Élodie Ngalaka comme invitée d’honneur. Et comme on ne change pas une équipe qui offre, le représentant a, au nom du DG Jean-Claude Musenga, arrosé l’assistance en bière - non - plutôt de bouquins gratuits. On espère d'ailleurs que le libraire indépendant installé dans un coin de la salle n’a pas fait une crise d'apoplexie en voyant cette concurrence déloyale de la gratuité étatique. Petit clin d’œil solidaire au passage à la Librairie Group Z qui avait fait le déplacement avec un catalogue pour toutes les bourses. Nous saluons également la présence très remarquée — et franchement remarquable — de Madame Amivi Bola, présidente du conseil communal de la jeunesse de Bandalungwa, venue nous promettre tout son soutien car elle adore la lecture.
Épilogue ( car on doit finir non ?) : L'instant Gubarika
Et ce qui devait arriver arriva. Il a fallu que je change à nouveau de veste (oubliez le Maudit, le Sage, le Juste ou le DICA) pour endosser celle de coordonnateur du Prix Prosper Gubarika. La grande affaire du jour était de rappeler que la liste des six finalistes est désormais scellée : Cette lettre que je ne t’écrirai peut-être jamais– Jocelyn Danga; Le fleuve est pareil à ma peine – Kalombo II; Chroniques de la ville de Muda – Maxana; Ndombolo bazar – Johan Mulenda; Mokitani – Pat Le Gourou; Kulumbimbi – Bayuwa.
Ces ouvrages, retenus pour leur densité et leur singularité, sont officiellement entre les mains d'un jury de haute facture : Richard Ali, Tâta Nlongi Biatitudes, Missy Bangala, K-yann, Sensei et Le Marc Bamenga. Verdict final attendu pour la clôture du festival, le 22 août 2026. Désormais, avec le RÉSEAU LECTURE POUR TOUS, retenez bien notre nouveau credo : "L’État n’a jamais été aussi proche de vos pages". Aimons les livres, lisons, et restez branchés... les bonnes nouvelles arrivent en rafale !
Powered by Froala Editor