Hommage à Simplice Kongolo Ngoy, alias Lenfant Noir : Mwaan Mufulul.
Le seul jour facile, c'était hier.
C’est à l’heure où le ciel hésite
Entre le dernier bleu et le premier deuil…
Que tu marchais, Simplice,
Avec ce pas doux des âmes qui ne font de mal à personne.
Ton sac pesait peu,
Mais il portait des rêves,
Des pages griffonnées d’espérance,
Et ce slam que tu murmurais à la ville comme une prière.
Puis… l’ombre.
Deux chiens habillés en soldats,
Deux mâchoires d’État sans visage,
Ont voulu faire plier ta lumière.
Tu as refusé.
Ô mon frère, tu as crié…
Un cri qui fendait la nuit,
Comme un enfant qui naît dans la douleur du monde.
Mais ce monde-là n’a pas voulu de ton cri.
Il l’a fait taire…
Deux balles,
Et l’une d’elles a frappé là où l’on écrit la vie : ton ventre.
Ton sang…
Il n’a pas coulé, non.
Il a hurlé.
Il a hurlé ton nom dans la poussière et la pierre.
Et toi,
Toi, tu gisais là,
Poète, frère,
Avec dans les yeux, une dernière étoile qui s’éteint.
Ils t’ont jeté comme un chiffon,
Mais pour nous, tu étais un livre.
Et chaque larme que je verse en ce moment
Tourne la page d’un vers que tu n’écriras plus.
Je t’entends encore…
Ton cri, Simplice :
« Mais nooon… »
Ce cri, c’est moi qui le porte maintenant,
C’est nous tous.
Tu n’es pas parti.
Tu as été arraché.
Arraché à la vie.
Et ce qui me tue davantage,
C’est que tu l’avais dit, que cette vie était une pute,
Et que le monde était cruel.
Mais jamais, ô jamais je n’avais imaginé
Que c’est lui, le monde, qui te tirerait dessus.
Et maintenant que reste-t-il ?
Un silence sale.
Une foule qui ne sait pas pleurer assez fort.
Et nous, poètes orphelins d’un frère.
Mais je te le jure, mon frère,
Nous ferons de ton nom un sanctuaire.
Nous écrirons sur les murs que tu es tombé debout,
Et que ton silence désormais résonnera plus fort que leurs balles.
Ton sang ne séchera pas dans l’oubli,
Il poussera,
Sur la langue de nos vers,
Sur les pavés de nos scènes,
Dans le souffle de chaque slam qu’on dédiera à ta mémoire.
Oui, Mwaan Mufulul,
Ta voix n’est pas morte, elle s’est multipliée.
Elle court dans nos veines,
Elle vibre dans chaque mot qu’on ose encore dire.
Et même si ton corps s’est tu,
Ton cri : « Mais nooon… »
Deviendra la note grave de nos complaintes,
La révolte sacrée de nos micros.
Repose, Simplice.
Repose dans la lumière que tu méritais.
Nous, tes frères et sœurs d’art,
Nous te réhabiliterons aux yeux du monde.
Et quand enfin,
La vérité sortira de sa cache de peur,
Alors, peut-être, ton âme blessée
Consentira à dormir paisiblement,
Dans la dignité retrouvée.
À jamais gravé, Lenfant Noir.
Tu n’as pas quitté la scène. Tu es devenu scène.
Et tant que le slam-poésie vivra,
Tu vivras.
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