À l'intention de l'auteur de Sang sans retour
À travers une lecture d’abord retardée par les apparences, Sang sans retour de Christian Lukusa s’impose comme une œuvre profondément humaine et magistralement écrite, invitant le lecteur à dépasser les préjugés pour comprendre que, derrière tout crime ou toute attitude, l’intention, les circonstances et la compassion méritent toujours d’être examinées avant tout jugement.
Certains de nos livres oubliés dans nos armoires
Ont parfois des réponses aux questions de nos mémoires.
Je me procurai le livre un certain jour de cette année-là, quelques heures seulement après son vernissage.
Le titre me parut fort alléchant ; pourtant, hélas, sa couverture ne me plut nullement !
Comme il traînait sur ma table, et de peur de le mouiller ou de le souiller au cours d’un repas, je me permis, quelques jours plus tard, de l’asphyxier dans mon armoire.
À qui la faute : à l’auteur, à l’éditeur ou à leurs collaborateurs ? Qu'en pouvais-je savoir ?
Un matin, quelques années plus tard, je voulus, comme d'habitude, lire mes livres électroniques ; mais, faute d’électricité au logis, je ne le pus. Cependant, c'en était l'heure.
Je partis alors fouiller dans ma petite bibliothèque d’imprimés. Quelques titres défilèrent sous mes yeux ; je fis d’abord choix d’Antigone de , avant de changer soudain d’avis en apercevant SANG SANS RETOUR. D’emblée, je laissai tomber le premier au profit du second.
Fut-ce un hasard, une coïncidence ou le vouloir de la Providence ? Comment le sus-je ?
Comme les yeux nous trompent bien souvent, je fus surpris de constater qu’entre les pages de cette couverture qui m’avait antan semblé fort ennuyeuse se déployait une œuvre refusant hargneusement de rimer avec l’ennui.
En effet, la narration, la syntaxe, l’imitation, l’obstacle, le retournement, la figure de style, le rythme : tout concourait avec une telle harmonie que j’en oubliai jusqu’à l’aspect de la couverture qui, antan, m’avait paru peu belle.
Conscient que tout écrivain n’est pas nécessairement à la fois artiste, concepteur, éditeur et designer, j’en appelle néanmoins solennellement à tous : je demande, je supplie, je conjure alors avec instance de toujours concevoir avec grandeur d’âme la chose publicitaire, la couverture, par exemple.
Car si, au premier regard, la couverture dédaigne le lecteur, celui-ci pourrait bien lui rendre la pareille, quand bien même l’intérieur lui sourirait.
Le personnage de Bukonvi m’émut tout au long de la lecture et me fit penser à , dit Monsieur Madeleine, dans de . Je crus lire, à travers ces deux romans, une même insistance, ne pas condamner d’emblée les auteurs d’actes malveillants, même en présence de preuves irréfutables.
En effet, le crime n’est rien ; l’intention est tout !
Et c'est peu de chose que de disposer de preuves, encore faut-il examiner avec profondeur le motif ayant conduit au crime.
Monseigneur Madeleine vola non par cupidité ni par envie, mais par nécessité. Bukonvi également. Les crimes de celui-ci à celui-là n’appellent pas une condamnation immédiate, mais invitent le juge à plus de perspicacité, de temps, d’équité et surtout de compassion avant de prononcer son verdict.
De même, l’épisode du mépris de Batia, une ressortissante gomatracienne, envers le Lushois invite le lecteur, disons l’humain, à ne sceller son jugement qu’après avoir poussé son examen au-delà des apparences.
Moi qui suis un ménéchme de la critique, je demeure cependant conscient que toute critique n’a de poids que si le critiqueur se montre honnête. Ainsi, à cheval sur critique et honnêteté, je me dois d’avouer sans détour, tant pour sa richesse que pour sa portée : SANG SANS RETOUR de mérite orgueilleusement, pour ne pas dire fièrement, sa juste place parmi les plus nobles étagères de nos bibliothèques.
Pour une œuvre littéraire d’un auteur local aussi riche, aussi rythmée et aussi instructive, je ne saurais tarir de mots ; mais puisque mon encre me contraint à me contredire, je tarirai.
SAFNATH-AUTEUR
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