Autour d’une lumière froide
Autour d’une lumière froide, nous restons assis à la même table, mais nos corps seulement sont présents, tandis que nos esprits, captifs d’un maître de poche, ont troqué la chaleur des regards contre l’illusion d’une connexion sans cœur.
Autour d’une lumière froide
Il était le mot qu’il fallait dire,
Pour parler de nos tables devenues silencieuses.
Nous mangeons toujours trois fois par jour,
Mais le repas du soir
Était autrefois un royaume.
Un royaume de voix mêlées,
De regards croisés,
De rires qui faisaient trembler les verres.
Avant,
La main droite servait la vie,
La gauche reposait, sage,
Pliée à l’angle du respect.
On mangeait avec le corps,
Mais aussi avec l’âme.
Puis vint la serviette nouvelle —
Fine, brillante, hypnotique.
Une lumière froide
Posée devant chaque assiette.
Nous nous asseyons encore ensemble,
Mais nous ne déposons que nos corps.
Nos esprits s’échappent
Vers des terres numériques,
Plus lointaines que nos propres rêves.
Les yeux braqués vers le bas,
Visages éclairés d’un bleu artificiel,
Nous mâchons en silence.
Les têtes hochent
À des paroles qui ne sont pas prononcées ici.
Les enfants apprennent à grandir
Dans un bruit muet.
Les bébés, livrés à eux-mêmes,
Croquent la solitude
Comme un os trop dur.
Nous sommes réunis,
Mais divisés.
À la même table,
Et pourtant dispersés
Dans mille ailleurs invisibles.
Seules nos mains et nos bouches
Restent fidèles au présent.
Et peut-être qu’un jour,
L’histoire écrira ceci :
L’homme s’est choisi un maître
Qu’il garde dans sa poche.
Il a troqué la chaleur des regards
Contre des éclats passagers.
Il a vendu son silence habité
Pour des gratifications rapides.
Et dans cette lumière froide,
Il a oublié
Que la vraie connexion
Ne capte pas le réseau,
Elle capte le cœur.
Dieudonné Sumbu
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