Élégie lunaire pour Valentin Mudimbe
Mudimbe n’a pas cherché la gloire : il l’a réduite en cendres pour éclairer les gouffres de la pensée noire, là où la parole renaît, indocile, dans la bouche des orphelins du Verbe
Mudimbe,
toi le thaumaturge du verbe oublié
Toi qui hantes la caverne des prophètes exilés,
où la parole crépite comme une torche d’os,
Tu as dit d’un souffle tremblé de lucidité
que la gloire est un fantôme,
un simulacre aux ailes de fumée,
un éclat vespéral qui ne s’accroche
qu’aux corniches du néant.
Ô Mudimbe !
dans la matrice du silence où tu cisèles l’énigme,
tu as planté le glaive de l’iconoclastie,
et sabré la gangue de l’hétéronomie.
Les tambours te connaissent :
ils ont battu pour toi la mesure de l’épiphanie,
quand tu redressais, dans l’arène des verbes,
la courbure des âmes.
Ta pensée, labyrinthique, oraculaire,
surgit comme un volcan cryptogène,
elle brûle les masques,
déchire les drapés de l’ostentation.
Tu as vu les spectres en pourpre sur les estrades du monde,
les vanités s’éployer en hologrammes sépulcraux,
et tu leur as jeté ton mot comme une malédiction phosphorescente !
Ô poète des lucarnes hautes !
Ta parole est une incantation sidérale,
un arche d'insoumission,
une glose incandescente dans la bouche des orphelins du Verbe.
Tu ne cherchais pas les lauriers
tu les as consumés dans le feu de l’exégèse insurgée,
et dans tes silences s’ébrouent
les chevaux de l’apocatastase.
Gloire ? dis-tu.
Non !
Que l’on me donne la boue et le cri,
la suie et le limon,
les crachats du peuple
et l’irradiation tellurique de l’insomnie.
Mudimbe !
toi qui transmutes le logos en volcan,
le souvenir en foudre,
et la pensée en odyssée nocturne
sois salué,
parmi les rhapsodes de la lucidité noire.
Malachie Cyrille NGOULOUBI
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