Le poète
L'auteur de ce texte incarne un théâtre contemporain puissant où la violence, la poésie et la confrontation entre un père bourreau et sa fille révèlent que, face à la mort, la véritable poésie réside encore dans la possibilité d’aimer et de sauver l’humain.
C'est peut-être cela, ce théâtre contemporain que je souhaite mettre en scène et même jouer : un théâtre qui parle de la société sans dénaturer l’art de la dramaturgie. Un théâtre qui accuse encore, qui ose nommer ceux et ce que l’on ne cite plus, mais qui le fait avec finesse, poésie et violence maîtrisée.
Ici, la guerre n’est pas racontée avec le regard habituel de la victime. Elle est portée par un bourreau. Un homme qui assume ses crimes avec une froideur presque artistique. Un homme qui appelle la mort sa « poésie » et qui affirme être « le Poète ultime ». Et c’est précisément cela qui dérange autant que cela fascine.
J’ai aimé chaque ligne, chaque phrase, mais surtout l’intrigue. Car même si, à première vue, elle semble familière *(celle d’une fille qui recherche son père)*, l’auteur la transforme en quelque chose de profondément brutal et humain. La violence n’est pas seulement physique ; elle est psychologique, affective et existentielle. La vie y apparaît telle qu’elle est parfois : non pas un chemin de pétales de roses, mais un couloir rempli d’épines, de regrets et de choix que l’on refuse d’assumer.
L’auteur brise également certains codes du tabou à travers une écriture volontairement crue. Les mots ne sont pas adoucis pour rassurer le lecteur. Ils frappent. Ils dérangent. Pendant longtemps, ce genre de mots se murmurait par peur du regard social ; ici, ils sont jetés au visage du public sans retenue. Pourtant, derrière cette brutalité verbale, il y a une écriture extrêmement mûre dans sa manière de présenter nos maux.
Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est l’opposition entre le père et la fille. Lui veut mourir sans regret, convaincu qu’il ne mérite ni l’amour ni le pardon. Elle, au contraire, s’acharne à lui rappeler qu’il est encore vivant. Même lorsqu’il refuse toute reconnaissance de paternité, elle continue à réclamer quelque chose de plus grand qu’un nom sur un état civil : une place dans son existence.
Et finalement, même si elle n’obtient pas une véritable reconnaissance verbale, elle réussit à fissurer ce bourreau qui semblait inébranlable. Elle le pousse à réfléchir, à douter, presque à regarder la vie une dernière fois. Car au-delà de la condamnation à mort prononcée par les hommes, il y a celle du cancer qui lui laisse seulement quelques mois à vivre.
J’ai aussi été marqué par cette idée que la vraie poésie, dans cette œuvre, ne réside pas dans la guerre ou dans la mort, mais dans la tentative désespérée d’aimer malgré tout. Lorsque la fille lui dit : « Sois Poète pour la vie », le texte cesse d’être uniquement un affrontement familial ; il devient une réflexion sur la possibilité du salut humain.
C’est un texte violent, cru, dérangeant, mais profondément vivant. Un texte qui ne cherche pas à rassurer son lecteur, mais à le confronter. Et c’est peut-être cela, finalement, le rôle du théâtre contemporain : nous obliger à regarder en face ce que nous faisons semblant d’ignorer.
Laisse-moi partir. Un père, ça ne sert à rien. L'amour ne sert à rien. La poésie de l'amour non plus. Tu vois, j'ai eu raison de servir la poésie de la mort. C'est elle qui gagne à la fin. Toujours.
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