Le pseudonyme d’Emile Ajar : l’histoire se répète au prix Zamenga
Parmi les dix lauréats du Prix Zamenga 2023, il y en a un qui a publié sous pseudonyme. Écrivain évoluant à Lubumbashi et lauréat de l'édition précédente, voici qui se cache derrière le cinquième lauréat, Ajar KAPUTUL.
Romain Gary, seul écrivain deux fois prix Goncourt, a recouru au pseudonyme Emile Ajar pour remporter son deuxième Goncourt, récompense accordée seulement une fois à un auteur, comme le Prix Nobel de Littérature.
L’histoire bouleversante d’Emile Ajar (ou Romain Gary, bien sûr) à inspiré un écrivain lushois (congolais) pour le Prix Zamenga. Il s’appelle Nzanzu Muhayrwa L., deuxième lauréat du prix Zamenga 2022. Il a usé d’un pseudonyme pour remporter la cinquième place de l’édition suivante, qui ressemble quelque peu à celui d’Emile ; c’est Ajar KAPUTUL UKAVUL.
Pourquoi avoir usé d’un pseudonyme ?
A notre rédaction, il confie ceci sur les motivations qui l’ont poussé à recourir à un pseudonyme : « Dans ma tête, je croyais que tous les lauréats ne devaient pas postuler pour la prochaine édition. C’est plus tard, en ayant déjà concouru avec un pseudonyme, que j’ai appris que seul le premier lauréat ne pouvait concourir aux autres éditions. Les autres le pouvaient toujours. J’ai décidé de concourir avec un pseudonyme, en m’inspirant d’Emile Ajar. Le nom de KAPUTUL UKAVUL est un nom qu’un de mes professeurs aime utiliser. Et je l’ai pris comme ça. »
Quelles sont les preuves ?
S'agissant des preuves, il a envoyé à notre rédaction une photo du brevet (en tête de l’article) et une copie de son texte gagnant « Abeti Masikini » dont un extrait sera ajouté en annexe à cet article.
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Lorsque la liste des lauréats avait été publiée sur plusieurs site, dont celui-ci, Kalombo Mukanya était le seul lauréat connu sur la sphère littéraire lushoise des deux lauréats de Lubumbashi, le nom de Ajar KAPUTUL UKAVUL demeurait alors un mystère. Le soir, étant membre de Kiosque Littéraire, il contacte la rédaction pour l’informer qu’il a remporté le prix sous pseudonyme.
Deux lauréats de Lubumbashi et de Kiosque Littéraire, ça se fête ! Plein succès à Ajar KAPUTUL ou NZANZU MUHAYRWA L.
Voici un extrait du texte primé, la nouvelle "Abeti Masikini" :
C’est pour ma mère que j’acceptai.
Cette nuit, je devais partir. J’étais désemparée. Tétanisée à l’idée de devoir vire avec quelqu’un que, certes, j’aimais mais qui, puisqu’il m’avait contrainte, ne serait plus le même pour moi. Et je craignais plus ce fait que n’importe quoi d’autre. J’avais envie de m’enfuir, me cacher, terrer ma tête comme une autruche. M’envoler. Ou alors, les voir tous mourir.
Comme à mon habitude, j’étais sortie me promener. Ou, devrais-je dire, déambuler. Quand ma volonté n’en pouvait plus, je laissais le hasard me porter et le hasard, voici où il me conduisit.
_ Où allez-vous ?
_ Aéroport ! Nous partons à vingt heures, cette nuit. Direction Kamina.
C’était un groupe de jeunes gens de tout âge, poussiéreux, entassés les uns aux côtés des autres dans l’arrière d’un grand camion vert.
_ Tu ne pars pas ?
_ Moi ? me demandai-je.
_ Tu peux me tendre ta main ! Les officiers ne sont pas encore là. Les retardataires peuvent encore se faufiler. Mais faudra faire vite…allez, je t’aide !
Je restai là, pensive. Mais à quoi pensais-je ? Pensais-je ?
_ Tu viens ou tu veux te faire cramer ?
_ Moi ?
_ Mais depuis tout à l’heure, je parle de toi ! Tu viens ? Je risque d’avoir des problèmes à cause de toi.
Au même moment, trois gradés s’approchèrent. Le gros monstre vert se mit à vrombir. Il s’élevait de la poussière dans les airs. J’étais comme asbente de moi-même. Des pensées se bousculaient dans ma tête. Ma mère, mon père, ces tantes qui voulaient me vendre et ces vieillards qui boivent leur eau dans la rivière, monsieur Zekia, une blanche que je devais avoir vu dans un film et que je pris pour Marie Curie dans mes pensées, M avec son argent et tout notre beau passé. Tout cela n’était plus.
Je n’étais plus. Je devais être. Au moment où le camion engageait ses premières vitesses, je saisis la main qu’on me tendait et sautai à l’arrière du camion. J’aurais aimé dire à ma mère, avant de partir, combien je l’aimais et que je le faisais pour nous. J’espère, maintenant, la revoir, quand tout ceci sera fini, et l’entendre bénir la femme révoltée que je suis devenue ! Lui faire porter mes galons et obliger tous ses bourreaux à baiser ses pieds.
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