Natte à tisser
Le poème "Natte à tisser" de Tchicaya U Tamsi exprime, dans une langue poétique brûlante et déchirée, la douleur identitaire et la résilience d’un homme noir confronté au racisme, à l’exil intérieur et à la quête d’un sens à sa vie dans un monde qui le nie.
Il venait de livrer le secret du soleil
et voulut écrire le poème de sa vie
pourquoi des cristaux dans son sang
pourquoi des globules dans son rire
il avait l’âme mûre
quand quelqu’un lui cria
sale tête de nègre
depuis il lui reste l’acte suave de son rire
et l’arbre géant d’une déchirure vive
qu’était ce pays qu’il habite en fauve
derrière des fauves devant derrière des fauves
son fleuve était l’écuelle la plus sûre
parce qu’elle était de bronze
parce qu’elle était sa chair vivante
c’est alors qu’il se dit
non ma vie n’est pas un poème
voici l’arbre voici l’eau voici les pierres
puis ce sacerdoce du devenir
il vaut mieux aimer le vin
et se lever matin
on le lui conseilla
mais plus d’oiseaux dans la tendresse des mères
sale tête de nègre
il est le frère cadet du feu
ici commence la brousse
et la mer n’est plus que le souvenir des mouettes
toutes dressées dent à dent debout
contre l’écume d’une danse capitale
l’arbre était le plus feuillu
l’écorce de l’arbre était la plus tendre
après la brousse brûlée que dire de plus
pourquoi dans le vin y avait-il de l’absinthe
pourquoi remettre dans les cœurs
et les caïmans et les piroguiers
et le flot du fleuve
le grain de sable entre deux dents
est-ce ainsi qu’on broie le monde
non
non
son fleuve était l’écuelle la plus suave
la plus sûre
c’était sa chair la plus vive
ici commence son poème-de-vie
il fut traîné dans une école
il fut traîné dans un atelier
mais plus d’oiseaux dans la tendresse des mères
sale tête de nègre
il est le frère cadet du feu
ici commence la brousse
et la mer n’est plus que le souvenir des mouettes
toutes dressées dent à dent debout
contre l’écume d’une danse capitale
l’arbre était le plus feuillu
l’écorce de l’arbre était la plus tendre
après la brousse brûlée que dire de plus
pourquoi dans le vin y avait-il de l’absinthe
pourquoi remettre dans les cœurs
et les caïmans et les piroguiers
et le flot du fleuve
le grain de sable entre deux dents
est-ce ainsi qu’on broie le monde
non
non
son fleuve était l’écuelle la plus suave
la plus sûre
c’était sa chair la plus vive
ici commence son poème-de-vie
il fut traîné dans une école
il fut traîné dans un atelier
et il vit des chemins plantés de sphinx
il lui reste l’arc suave de son rire
puis l’arbre puis l’eau puis les feuilles
c’est pourquoi vous le verrez
les piroguiers de pied ont repris
aux remorqueurs de coton français
leurs clameurs
ce vol est un vol de colombes
les sangsues ignoraient l’aigreur
de ce sang-là
dans l’écuelle la plus saine
sale tête de nègre
voici ma tête congolaise
c’est l’écuelle la plus saine
Tchicaya U Tamsi, Feu de brousse
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