Natte à tisser

0 359 20 Avr 25 Introduction

Le poème "Natte à tisser" de Tchicaya U Tamsi exprime, dans une langue poétique brûlante et déchirée, la douleur identitaire et la résilience d’un homme noir confronté au racisme, à l’exil intérieur et à la quête d’un sens à sa vie dans un monde qui le nie.

Image du post Natte à tisser
Akang photographie

Il venait de livrer le secret du soleil 

et voulut écrire le poème de sa vie


pourquoi des cristaux dans son sang 

pourquoi des globules dans son rire


il avait l’âme mûre

quand quelqu’un lui cria 

sale tête de nègre


depuis il lui reste l’acte suave de son rire 

et l’arbre géant d’une déchirure vive 

qu’était ce pays qu’il habite en fauve 

derrière des fauves devant derrière des fauves

    

son fleuve était l’écuelle la plus sûre 

parce qu’elle était de bronze

parce qu’elle était sa chair vivante


c’est alors qu’il se dit

non ma vie n’est pas un poème

voici l’arbre voici l’eau voici les pierres

puis ce sacerdoce du devenir


il vaut mieux aimer le vin 

et se lever matin 

on le lui conseilla

mais plus d’oiseaux dans la tendresse des mères

    

sale tête de nègre

il est le frère cadet du feu


ici commence la brousse

et la mer n’est plus que le souvenir des mouettes 

toutes dressées dent à dent debout 

contre l’écume d’une danse capitale


l’arbre était le plus feuillu

l’écorce de l’arbre était la plus tendre


après la brousse brûlée que dire de plus


pourquoi dans le vin y avait-il de l’absinthe 

pourquoi remettre dans les cœurs 

et les caïmans et les piroguiers 

et le flot du fleuve


le grain de sable entre deux dents 

est-ce ainsi qu’on broie le monde 

non


non

son fleuve était l’écuelle la plus suave 

la plus sûre

c’était sa chair la plus vive


ici commence son poème-de-vie

il fut traîné dans une école

il fut traîné dans un atelier

mais plus d’oiseaux dans la tendresse des mères

    

sale tête de nègre

il est le frère cadet du feu


ici commence la brousse

et la mer n’est plus que le souvenir des mouettes 

toutes dressées dent à dent debout 

contre l’écume d’une danse capitale


l’arbre était le plus feuillu

l’écorce de l’arbre était la plus tendre


après la brousse brûlée que dire de plus


pourquoi dans le vin y avait-il de l’absinthe 

pourquoi remettre dans les cœurs 

et les caïmans et les piroguiers 

et le flot du fleuve


le grain de sable entre deux dents 

est-ce ainsi qu’on broie le monde 

non


non

son fleuve était l’écuelle la plus suave 

la plus sûre

c’était sa chair la plus vive


ici commence son poème-de-vie

il fut traîné dans une école

il fut traîné dans un atelier

et il vit des chemins plantés de sphinx


il lui reste l’arc suave de son rire 

puis l’arbre puis l’eau puis les feuilles


c’est pourquoi vous le verrez 

les piroguiers de pied ont repris 

aux remorqueurs de coton français 

leurs clameurs

    

ce vol est un vol de colombes


les sangsues ignoraient l’aigreur 

de ce sang-là

dans l’écuelle la plus saine


sale tête de nègre

voici ma tête congolaise


c’est l’écuelle la plus saine


Tchicaya U Tamsi, Feu de brousse

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