Alleluia
Un hymne à la vie où les mots, pesés comme des corps et digérés comme des vérités, n’ont de valeur que par le poids qu’ils prennent en chacun de nous.
Alleluia 10 fois, 100 fois, mille fois.
Alleluia à la vie,
si vie il y a.
Patientez, je ne vous souhaiterai jamais la mort. Même à un mort, on souhaite encore la viecette vie qu’il continuera quelque part, après ses obsèques.
Alleluia à la vie.
Que mes mots ne se perdent pas dans vos bouches. Mâchez-les. Laissez-les glisser jusqu’à vos ventres.
Ils vous bousculeront peut-être un peu, ils vous gonfleront même. La constipation vous surprendra, mais ne craignez rien : il suffira de le comment dit-on déjà ? Ce mot qui veut dire qu’on ne garde plus rien, qu’on laisse tout sortir.
Voilà : l’expulsion.
Ce mot-là mérite une couronne. Je l’ai préféré à son ami, ce gros mot de cinq lettres, celui qui pèse lourd dans les bouches, si lourd que certains n’arrivent même plus à le dire. Alors qu’expulsion, avec ses 9 lettres, reste léger, presque aérien.
Le kilo, lui, est vieux, usé comme un disque rayé. Il faut le remplacer. Mes mots, je veux qu’on les pèse vraiment, comme on pèse les gens, les aliments, les marchandises.
Et moi, pour en avoir le cœur net, je monterai dessus. Je resterai là, debout, patiente, attendant qu’il m’affiche mon poids… si poids j’en ai.
J’attendrai.
Et pendant ce temps, vous aussi attendrez peut-être. Attendrez de voir si mes mots vous toucheront au cœur, ou s’ils glisseront sur vous sans laisser de trace.
Parce qu’en vérité, ce n’est pas le poids de mes mots qui compte :
c’est le poids qu’ils prennent en vous.
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