Nvula
Sous l’annonce d’une pluie certaine mais interminablement retardée, nous nous retrouvions nerveux, surexcités par un médicament pris trop tôt, à attendre en vain l’averse qui devait sauver la situation et couvrir nos actes.
Nous l’attendions désespérément. Elle tardait à venir. Pourtant, c’était bien indiqué qu’elle arriverait. Autant que nous nous en souvenions, cela était prévu d’arriver, au plus tard, six heures du soir. La météo de ce jour avait confirmé sa venue. Et nous nous y étions préparés comme un cancre monte des stratégies pour tricher à un examen. Les signes qui montraient que sa venue était certaine nous sautaient aux yeux : ce fut d’abord l’élégance de ces nuages devenus aussi noirs qu’ils l’annonçaient intense. Puis, la démarche cadencée des éclairs, qui nous éblouissaient les yeux. Ensuite, les alertes à couper le souffle de la foudre, laquelle, créant une lumière forte, nous était précieuse pour nous faciliter l’appréciation nette de ce bleu dans le ciel... Mais qu’il n’était qu’encore trois heures de l’après-midi. Et voilà. Elle menaçait de venir ravager. Qui, seul lit bas que terre, et qui traînait les pas chez un camarade, était averti de trouver en piteux état ce qu’il lui resterait comme bien récupérable.
Nous nous abandonnions toujours dans notre sempiternelle contemplation des signes annonciateurs de sa prochaine ? Oh mais non… sa venue imminente. Mais comme nous l’avions dit encore : elle traînait à venir. Pourtant, nous avions pris nos précautions : il fallait tirer profit chacun au maximum. Nul ne devait se contenter d’un, ou deux ou même trois, voire quatre coups. Le maximum. Car cela faisait bien trop longtemps que la météo avait annoncé cette arrivée imminente et qu’il fallait donc bien y aller non par quatre chemins. Après cela, nous n’avions pas de raison de manifester le moindre signe de fatigue. Tant la météo, divinement sage, avait donné pour chaque signe, le type de mesures à respecter au doigt et à l’œil. Pour les soucieux de leur avenir, elle prévenait de ne pas y fourrer bien dure la tête la première, sans parapluie. Le dégât de la mouille serait abondant. Surtout si on n’aura pas bien saisi les indications préventives et qu’on en aura fait qu’à sa tête.
Et pourtant c’est ce dont il nous souvient que nous avions fait. La météo certes avait annoncé qu’elle arrivait bien intense. Que même les parapluies allaient y passer. Allaient craquer pendant son va-et-vient sur nos têtes ici-bas. Mais nous avions surpassé les mesures. Et nous voilà qui restions, les nerfs tendus à regarder au loin, espérant voir s’opérer un miracle de dernière minute, tant nous ne pouvions plus, mes trois camarades et moi, supporter la force de l’effet que jouait ce comprimé de ce médicament pris à la va-vite chez le vieux pharmacien du quartier. Nous allions bien nous éclater. L’averse était certaine. Mais le tracas fut de constater que la météo donnait trop de principes. Agaçant. Bon sang ! Bor bu yangu, banyekeye mode d’emploi !, me dis-je, un peu furax. Cependant, ce qui suivit me fit comprendre notre erreur. Et pourtant, le vieux pharmacien nous dit : « Attention à ne pas y aller fort avec ces cachets, avant d’être sûr que sa venue soit aussi certaine qu’après lundi vient le mardi. »
Nous voilà maintenant avec nos queues en feu. Nos nerfs aussi tendus. Nul n’osait regarder l’autre entre nous, dans cette maison inhabitée où seul j’avais convié ma bande pour lui faire sa fête à cette petite sauvée ce jour-là par la pluie…
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