Chaque 17 mai, je me suis promis de te faire une pensée
Chaque 17 mai, je pense à toi : tu n’es pas seulement mort injustement, tu as vécu avec tant de joie que, par mes mots, je continuerai toujours à te faire vivre et à protester pour la justice que tu méritais.
Chaque 17 mai, je me suis promis de te faire une pensée,
Celle que, sûrement, tu ne liras jamais.
Mais je crois fortement aux esprits, aux âmes qui sont quelque part là, présentes, en train d'observer tous nos faits et gestes.
Et si je pousse la réflexion encore plus loin, intercèdent pour nous.
Je me suis aussi promis d'écrire pour deux, depuis ce 17 mai-là, d'écrire pour deux bonnes raisons.
Sam lui a dit qu'à chaque fois qu'il fera quelque chose, il le fera pour deux.
Drôle de coïncidence, son “Apothéose”, il le fait en mai avec toi.
Il a aussi dit qu'il payera sa dot pour deux, oui, pour deux.
Tu l'aurais trouvé drôle de ton vivant, il a le culot, ce “raciste”.
Lui, au moins, fait tout pour deux, et moi, qu'est-ce que je fais ?
J'écris pour deux. Foutaise, autant dire.
Je ne sais pas comment on écrit pour deux, comment on lit pour deux, comment on fait ceci ou cela pour deux.
J'ai plus appris à tout faire seul, pour moi, sans jamais penser à comment faire pour quelqu'un d'autre à part moi.
C'est dur et tellement horrible comme sensation de faire pour deux, tant que l'un ne sait dire s'il aime ce que l'autre fait pour lui.
Et moi, cette sensation, je l'ai constamment.
J'ai toujours fait ce qui m'a toujours plu.
Toi, tu as toujours tout fait avec bonheur, avec joie, heureux.
Même quand tu étais en colère, la joie rayonnait sur ton visage.
Je ne sais pas si je t'ai vu en colère un jour.
Et moi, qu'est-ce que je veux faire pour deux ?
Être en colère pour deux, alors que toi, tu n'avais jamais eu de colère comme regard ?
Dès ma première phrase, je me dis toujours que "je me suis dit, je me dis, je me suis promis..."
Eh oui, c'est parce que je me fous de tout jugement.
Je me dis parce que c'est moi qui le dis à moi, pour moi.
Je me suis promis parce que c'est moi qui fais à moi une promesse, pendant que toi, tu es six pieds sous terre, à cause d'un ordinateur et d'un téléphone portable qui ne vaudront jamais le prix de ta vie.
Moi, je n'en ai rien à cirer des autres quand je me dis, je me promets.
Toi, contrairement à moi, tu t'en serais soucié, parce que tu n'avais jamais su comment se foutre des gens.
Non pas parce que tu en étais incapable, mais parce que ta joie n'était pas seulement la tienne, elle était aussi la leur, la nôtre.
Tu n'aurais peut-être pas dû passer par là, ce soir-là, à ces heures-là, mais qui allait sentir le danger ?
Le seul moment où tu as vu le danger, c'est quand ces deux balles t'ont percé et traversé les côtes et la cuisse.
Peut-être que tu as souri en voyant ta vie défiler devant tes yeux.
Peut-être que tu as regretté d'avoir perdu la vie par les balles qui nous avaient autrefois libérés un certain 17 mai d'une certaine année.
Et ce 17 mai-là, tu te voyais être libéré d'un monde qui t'avait tant aimé, des gens à qui tu avais toujours donné la joie, des personnes que tu avais tant aimées et celles qui t'aiment et t'aimeront encore et encore.
Si mourir par balles est une destinée de légendes, alors, je m'incline.
Mais si être tué par balles est une habitude de l'État pour augmenter le taux de mortalité pour les gros financements farfelus, alors je proteste.
Je proteste contre tout ce système qui nous encule le jour des noces et nous demande pardon le jour de notre mort,
Je proteste contre toutes ces personnes lâches qui se seraient laissées faire pour leurs droits,
Je proteste contre toutes ces voix qui se sont tues,
Je proteste contre toutes ces promesses qui sont mortes avant d'être promises,
Je proteste contre tous ces vils aisés qui ont étouffé la justice,
Je proteste contre cette justice qui n'a pas été juste pour toi.
Tu n'es pas seulement mort.
Tu as aussi vécu, et je ne cesserai de te faire vivre, que ce soit par mes écrits ou par mes paroles.
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