Dans la peau ...

0 296 07 Jan 25 Introduction

Paralysé.e par l’angoisse de ne pas être à la hauteur, submergé.e par l’ampleur de son projet, chaque écrivain.e experimente la panne d'inspiration ou le « syndrome de la page blanche ».

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Crédit photo : Xn Abraham KK

Trouver ma place au milieu d'une multitude des gens n'a jamais été mon fort. Moins encore au milieu de deux personnes. Je ne trouve même pas ma place au milieu de mes multiples personnalités. Je sais juste que je suis une boule informe qui ressemblerait plus à l'arcane qu'à un humain. Un rien dans un grand tout et un tout dans un grand rien. 

Ça fait des jours que je creuse mon esprit à la poursuite d'un fil, d'une idée, d'un mot, d'une odeur. Je veux partir de là pour écrire. Juste un petit rien. Je supplie l'univers de me donner un quelque chose. Un code. Un ordre. Une ligne. Un parfum. Mais il reste silencieux. J'ai besoin ne serait-ce que d'un infime point de départ. Un son, un mot, une émotion, une décharge électrique, un petit adrénaline. Rien. Si j'observais la page blanche de mon ordinateur hier soir, comme une lunatique, en espérant que la vue de cette lumière bleue boosterai mon cerveau et que mon cerveau commanderai à mes doigts d'écrire. Exercice qui n'a rien donné. Le résultat est que je me balade avec un gros mal de tête aujourd'hui. Les calmants n'ont servis à rien.

Ce 15h, assise devant un papier tout blanc, vierge et sans tache, stylo noir à la main ça ne donne rien. J'essaie de re-experimenter ce plaisir de côtoyer l'encre et le papier. De goûter à cette joie d'écrire à la main. Je farfouille mon cerveau, j'ai besoin d'un mot. Un nom. Un bruit. Et tout ira de là. Je le fais carburé. La main prête à écrire, je pose le stylo sur le papier. Rien.

Pas que je manque à dire, je manque rarement à dire même lorsque je me tais. Le silence dit-on est une arme. Une arme qui n'a pas sa place dans ces instants. Je tremble à l'idée de n'avoir de quoi parler. Je veux bien me servir de cette arme lorsque je me trouve acculée, accusée, poussée dans mes retranchements. Là, il me fait défaut ce silence, je manque à écrire, je manque à dire. Je manque des mots. Les mots viennent, partent, s'entre-choquent, s'entremêlent, s'emboîtent, s'embrassent, s'embrasent, s'enflamment. Mais rien ne reste. Rien ne reste assez longtemps pour que je parvienne à le coucher sur un papier. Pour prendre forme.

Un ami dit que toute histoire est bonne à raconter mais avant il faut savoir si elle vaut la peine d'être racontée, et comment la raconter. 

Mon piètre constat est que je ne sais vraiment pas de quoi parler dans mon prochain livre depuis des mois je tourne en rond. Je tourne en boule. J'écris. J'enregistre . Je supprime. J'ajoute. J'efface. Je réécris. Je fais constamment cette même chose. Je suis dans un cercle vicieux qui n'hésite pas de m'emporter dans sa boucle intertemporelle.

Une évidence s'impose à mes yeux: depuis quelques temps, je ne suis pas digne d'être écrivaine. Ça n'est pas fait pour moi. Le cancer d'imposture bouffe mes entrailles depuis un moment, et plus je suis incapable à mettre au point une histoire, de créer une intrigue. Plus le sentiment d'échec et d'usurpation s'impose à moi.

J'ai peur de ce que je deviens.

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Image de profile de Maryse Mandaïla, rédacteur(trice) sur le site de Kiosque Littéraire.

Maryse Mandaïla

Écrivaine et dramaturge.

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