Harcelé, incompris !

0 272 12 Jan 25 Introduction

C'est ainsi pour les humains de toujours juger et critiquer par apparence, peu sont ceux qui cherchent à savoir la réalité avant de juger ou de critiquer. Nous sommes tous victimes d' harcèlements et incompréhensions dans ce monde, cependant nous harcelons aussi puisque nous sommes humains. Bonne lecture !

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PhotoPhotographie Yab.


Nous étions deux si pas trois à le doigter, à le heller, à le tortiller, et que sais-je encore ! L'un criait sur Steve à cause de ses chaussures boueuses, l'autre à cause de ses retards à l'école. J'étais de ceux-là qui le vilipandaient pour ses retards à l'école.

Malgré tout, Steve gardait son calme, souriait à chaque remarque, même la plus désobligeante, voire irréfléchie !

Sa seule excuse, c'était la distance qu'il parcourait pour arriver à l'école. Mais j'étais pas prêt de croire sa version des faits. Elle me semblait trop maquillée, vernie d'autosatisfaction ou de complaisance. Ça sonnait simplement faux à mes oreilles. Alors, qu'avais-je à faire ? Je l'aurais fait encore mille fois : le harceler.

En fait ! Je l'aurais fait encore mille fois aussi longtemps que je verrais la situation de Steve dans des lunettes opaques, voire derrière une glace sans tain. C'en fut fait. J'en avais assez des excuses de Steve. Il avait beau prétendre venir de loin, moi, je n'y voyais qu'un prétexte, un mensonge ! Je faisais presque 25 minutes pour arriver à l'école en taxi-bus et une quarantaine de minutes à pieds.

Lui, disait faire presque deux heures pour arriver à l'école (en prenant un taxi-bus et en marchant sur une certaine étendue du tronçon) ! Ça me semblait trop beau pour être vrai. M'ayant cité un quartier que je ne connaissais pas, nous décidâmes de nous rendre chez lui un jour, après les cours. Sur notre trajet, il m'a fait découvrir B52, une boîte de nuit au Golf Kabulameshi. Tenez ! Nous venions donc de parcourir plus de 4 kilomètres avant de prendre un transport !


Était-ce un détour ou un raccourci ? Je ne sais ! Ce que je sais c'est que nous étions à B52, pas dedans, dehors, à l'opposé de la route, fonçant vers l'arrêt Dépôt. Je pensais qu'on était arrivés. Ça faisait une heure de route, en fait , plus d'une heure ! Nous prenons alors un transport. Destination ? Météo ! À l'époque, la voie est à peine asphaltée. Précisons une chose : descendus du bus à Météo, le terminus de l'époque, je me dis : "C'est sûr, on y est maintenant !".

Steve me fait voir qu'il existe Météo 1 et 2. Le 2 est encore à de nombreuses minutes de marche. Je demande donc à Steve : "C'est juste là que se trouve votre maison ?" Il répond : "Non. Allons, tu vas voir ". Du mieux qu'il pouvait, le jeune homme m'a fait prendre des raccourcis, pour gagner en temps.... Sur notre chemin, il n'a pas hésité de faire le guide touristique, me montrant la station Météorologique qui a donné son nom au quartier (Météo).

Je ne demandais plus à Steve si nous étions prêts d'arriver à la maison. Je le suivais.


Je réfléchissais entre-temps à tout ce que ça devrait lui coûter que d'être à l'école à temps, autant que je pouvais m'en bomber le torse. Je commençais alors à cogiter sur toute l'admiration qu'il méritait pour avoir fait de son mieux jusque là. Mes yeux n'avaient aucune goutte de larme ; mon cœur, lui, était assiégé par une armée de larmes. Des larmes masculines, bien sûr !

On trouvait sur notre route des maisons éparses. Il y avait surtout la brousse. Il y avait de la poussière. Par endroits la boue. Il y avait la chaleur. Il y avait aussi l'ambiance du trajet !

Maniocs et cacahuètes ajoutant du relief à nos conversations. Passant à travers plusieurs parcelles non clôturées, nous arrivions chez Steve. Avez-vous remarqué que je devrais dire "enfin"? Oui. Plaçons ce mot à sa place : Nous arrivions enfin chez Steve !

Il devrait être 15h20' ou plus. Nous avions pourtant quitté l'école à 12h45'. J'imagine l'exercice que vous faites : vous calculez le temps écoulé. Et vous pensez faire juste en soustrayant le temps de marche de l'école jusqu'à B52 ou jusqu'à l'arrêt Dépôt, estimant que ce temps aurait pu être raccourci avec un taxi-bus ! Faites pas l'idiot ! Si la vie était facile, nous aurions pris un hélicoptère de l'école à la maison. Donc, cette marche se justifiait par le fait qu'il fallait faire avec les moyens du bord !

À la maison, Steve fera appel à toute sa famille, tous ceux qui étaient présents. Je retenais alors 2 noms : Carole et Charles. Charles était le cadet à l'époque. Aujourd'hui, il a un jeune frère, qui a volé sa prestigieuse place. Maman Joëlle n'avait que beaucoup d'amour envers son hôte. C'était il y a 15 ans! Je profitais de cette compagnie. On faisait connaissance, on riait, on mangeait, on prenait du bon temps.

Vint le moment où je devrais rentrer. Maman Joëlle chargea ma main de quelques billets.

Comme guidée par l'esprit divin, elle venait de combler la somme qui manquerait à mon transport du retour ! N'est-ce pas que j'avais sous-estimé la distance ?

Shut! Je n'ai pas le droit d'omettre ce détail : Steve avait des frères jumeaux. Il m'apprit donc à les connaître, à les différencier l'un de l'autre.

Steve était mon grand-frère. Il l'est aujourd'hui encore. Mais ce n'était pas pour lui un objet de fierté dépassée. Il a su rester humble, toujours courtois et surtout un fervent défenseur de la langue française ; un homme intègre et reconnaissant. J'aurais bien voulu le conter à maman Joëlle, elle, l'architecte de cet être. Hélas, ça fait une semaine qu'elle n'est plus ! Cher Steve, mes condoléances ! Reste fort !

Je rappelerai à Steve que j'avais mal. J'avais honte de l'avoir sermonné, on croirait dans une église de réveil pour réclamer la dîme. Ma dîme, c'était que Steve arrive à temps à l'école.

Mais j'étais loin de comprendre ce par quoi il passait pour se retrouver à l'école, autant que les pasteurs ignorent tout ce que vous traversez ; ils n'attendent de vous qu'une chose : leur remettre la dîme, sans explication !

Harcelé, incompris, Steve l'a été. Mais aujourd'hui, il est admiré et pris pour modèle. Ma petite bouche n'accepta plus de s'ouvrir contre les retards de Steve. Ma petite bouche refusa, dorénavant, de se prononcer sur des choses qu'elle ne connaissait pas, sur des choses qui lui échappaient, sur des choses qui ne me concernaient pas !

À toi, Steve Kabongo, pour avoir été harcelé et incompris à tort !

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Image de profile de Carl Kalire, rédacteur(trice) sur le site de Kiosque Littéraire.

Carl Kalire

Éditeur, Enseignant et Peintre du Chaos.

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