Résumé de "Délestage" de David-Minor Ilunga
La pièce de David-Minor Ilunga met en scène un jeune migrant congolais arrêté à Bruxelles après un malentendu, révélant avec humour et émotion les désillusions du rêve européen et les préjugés envers les Africains. À travers un langage mêlant français et lingala, l’auteur dénonce les fractures entre Nord et Sud tout en interrogeant la place du Noir dans un monde se disant civilisé.
Ecrit en 2016 dans le cadre d’une résidence au théâtre de Poche de Bruxelles. Il a été joué en 2017, au festival Ça se passe à KIN, au festival Ngoma à Kisangani, au théâtre de Poche de Bruxelles, à Paris et en Afrique. Il a été présélectionné au prix RFI 2017, et est doublement nominé au prix de la Critique Théâtre/Danse/Cirque 2017-2018 dans la catégorie auteur/autrice et de Meilleur seul en scène. Il a remporté le prix du meilleur seul en scène.
Dans cette pièce, David minor Ilunga raconte la migration, la traversée des jeunes africains par les mers et par les airs vers le vieux continent qui les fascine tant. Je dis « raconte », parce que le récit est pris en charge par une voix, celle du migrant que l’auteur a choisi de ne pas nommer explicitement, et que l’on reconnaît tout au long du texte à travers sa race (nègre) ainsi que sa situation de clandestin.
En plein Bruxelles, le Nègre fut arrêté aux alentours de la commune d’Uccle. Ce fils de Kinshasa dont la mère, enseignante, vendeuse de braise (makala) a dû épargner, économisé jusqu’à liquider son lopin de terre pour envoyer son fils en Europe, ce fils s’est vu interpelé par la police et conduit jusqu’au commissariat pour avoir été soupçonné de tentative d’attentat dans une Europe secouée par le terrorisme dont l’attaque contre Charlie Hebdo, perpétré le 07-01-2015 continue à hanter les esprit.
Ce sont les circonstances de cette arrestation et le déroulement de l’interrogatoire que le récit prend en charge. Ce jour-là, le Kinois vient de se retrouver en face, pour la première fois dans sa vie, de ce qu’il n’avait antérieurement vu qu’à travers les réseaux sociaux : la voiture électrique. Pris de surprise et d’admiration, il ose se prendre en selfie. En ce moment-là, il est arrêté et conduit jusqu’au poste de police où il sera interrogé par deux flics, Marcel et Tom qui le reproche de djihad. Puisque son sort qui ne tient désormais qu’entre expulsion et relâchement tarde d’être connu, la pièce s’achève par ce cri dans lequel lui-même revendique son rapatriement.
Dans un argot presque parisien parsemé d’une série de phrases puisées dans le lingala urbain de Kinshasa, Minor raconte les conditions des clandestins. Le discours, du moins celui du narrateur, est interrompu de temps en temps par des dialogues ainsi que de brèves récits et anecdotes sur le Congo, la colonisation et j’en passe. C’est une pièce qui croise présent et passé, qui rapproche les réalités du nord et celles du sud dans un ton humoristique qui tente de désamorcer, sinon d’atténuer le choc que le lecteur-spectateur pourrait avoir dès qu’il est en contact avec cette troublante situation du noir tant sur son continent qu’en dehors, dans un monde dit pourtant civilisé.
Trésor Mbikavu
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