« Je mourrai pour la justice et la vérité… » constate Mutamba.
C’est bien beau de toujours débarquer comme un mourant à son propre procès ! Ah, les ambulances… ces splendides cimetières de bonnes intentions ! Combien de moribonds avant lui, le souffle court, ont juré sur leur lit d’agonie de ne plus jamais toucher une bière dans le palais de leurs vices ?
- C’est bien beau de toujours débarquer comme un mourant à son propre procès ! Ah, les ambulances… ces splendides cimetières de bonnes intentions ! Combien de moribonds avant lui, le souffle court, ont juré sur leur lit d’agonie de ne plus jamais toucher une bière dans le palais de leurs vices ? Combien ont subitement décidé, le col de chemise trempé de sueur froide, d'abandonner lâchement la polygamie ou la polyandrie ? Combien, entassés à l'arrière de ces fourgons à sirène, n’ont même pas eu le temps d’atteindre le banc de leurs juges naturels avant d'aller plaider devant le Très-Haut ?
Oui, aujourd’hui il râle, il bégaie et l’on constate avec une émotion contenue qu’il ne serait « pas dans son jus naturel ». Mais enfin : les infractions qu’on lui reproche ont-elles été commises en tant que citoyen lambda ou en tant que ministre de la Justice ET Garde des Sceaux, s’il vous plaît ? Queue de question ! Et maintenant, qui devrait juger les ministres et autres puissants honoraires quand le corps flanche mais que le portefeuille reste bien portant ?
« Je mourrai pour la justice et la vérité… » constate Mutamba.
Pour la justice et la vérité, notre homme veut donc avaler la ciguë et crever de sa plus belle mort naturelle ! Eh bien, qu’il boive ! Qu’il siffle le poison jusqu'à la dernière goutte ! De toute façon, le pays vient tout juste de ressusciter un remède miracle qui soigne absolument tous les maux du vivant, d'un simple panaris jusqu’à Ebola : le fameux « Baume François ». Qu’il se tue, donc ! Qu’il se tue une deuxième fois s’il le souhaite, et qu’il brûle son propre cadavre après sa mort ! On étalera une bonne couche de Baume François sur son spectre, son esprit nous reviendra pimpant et entier, et on le jugera encore, et encore, et encore. Parce que l’argent du Congo, c’est l’argent du Congo. Et nous avons tous le droit sacré d'y voir clair, peu importe le juge qui le reçoit en audience, tant que la vérité cherche sa croûte.
« Je mourrai pour la justice et la vérité… » constate Mutamba.
Et pendant ce temps, nous autres, pauvres mortels, sommes là à sniffer nos rhumes, nos grippes et nos angines causés par le froid... et surtout par cette fameuse « Justice » que Mutamba avait lui-même prétendu guérir ! Et c’est cette même Justice — guérie par ses propres soins miraculeux — qui demande aujourd’hui poliment où est passé l’argent du Congo dans l’affaire FRIVAO. Où sont les malles ? Où sont les valises ? L’argent du Congo, lui, n’a jamais eu Ebola. Les richesses du pays n’ont jamais chopé le moindre virus. C’est seulement le peuple et ses pauvres pensées qui sont sous quarantaine. C'est d'ailleurs pour ça qu'on nous refuse les visas partout dans le monde... mais enfin, restons chez nous, ce n'est pas grave, tant qu'on a gardé l'argent, non ?
Franchement, Mutamba — qui déboule en ambulance le matin pour haranguer la foule avec la pêche d'un athlète l'après-midi — doit absolument nous donner le secret de sa vigueur. Tout le monde le sait extrêmement malade, affaibli, presque clamsé, et pourtant...
Au passage, une toute petite question : pourquoi ne vient-il plus au tribunal avec son chien ? La question est rhétorique, bien sûr, mais s’il souhaite y répondre entre deux malaises, qui sommes-nous pour l’en empêcher ? C’est tout de même un ancien ministre ! Et avant que ses partisans ne viennent nous maudire de toutes parts, qu’ils se rassurent : nous sommes déjà maudits jusqu'à l'os. Qu'ils ne perdent pas leur précieux temps à rajouter des couches. Même le zéro absolu a une limite (-273{,}15\text{ °C}), au-delà, le froid physique est impossible. Mais la chaleur de la bêtise humaine, elle, chauffe à l'infini.
Nous avons dit cela sans rien dire, comme d’habitude !
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