Chronique de l'écrivain Maudit : Kinshasa, la Rive Gauche de nos amertumes, nos Églises-guerres et cette littérature qui nous garde
Regardez-moi ces affiches. Jolies, n'est-ce pas ? La silhouette d'une femme noire, majestueuse, dont la chevelure se transforme en un paysage ensoleillé, des oiseaux quittant la cage de l'ignorance pour s'envoler au-dessus d'un tas de livres ouverts. Un rêve de papier qui s'envole.
Regardez-moi ces affiches. Jolies, n'est-ce pas ? La silhouette d'une femme noire, majestueuse, dont la chevelure se transforme en un paysage ensoleillé, des oiseaux quittant la cage de l'ignorance pour s'envoler au-dessus d'un tas de livres ouverts. Un rêve de papier qui s'envole. On croirait presque que la culture va sauver le monde, ou du moins payer le courant. C'est mignon. C'est la 9ème édition de la "Grande Rentrée Littéraire de Kinshasa", s'il vous plaît. Le thème ? "Littérature : Gardienne des Mémoires et Clé du Développement Intégral". Rien que ça.
Et au milieu de ce grand déploiement d'intellect et de bonnes intentions, ah oui, je serai là ! Je ne sais même plus en tant que qui. Christian Gombo, l'agent de l'État qui a un peu pris du volume sur la notoriété ? Remarquez, plus personne ne semble remarquer sa bedaine ces derniers temps, masquée par l'éclat de son génie littéraire autoproclamé. Soit. Peu importe son grossissement, ce n'est pas cela qui va éviter la faim du monde. Mais en attendant que l'on trouve le vaccin contre la misère, venez lire sur scène "Maudit soit-il", ce livre dont tout le monde parle et que vous n'avez pas encore lu (avouez-le, vous avez juste partagé la couverture sur WhatsApp pour faire genre).
Plusieurs fois, ce livre a été porté sur sexe... pardon, sur scène (une erreur de frappe, je vous jure), pour vous montrer les joies de la folie, si ce n'est les joies de la divinité. Il a même été finaliste au prix Rive Gauche de Paris. Parce qu'à Kin, vous comprenez, la seule "Rive Gauche" du fleuve Congo, ce sont nos amertumes et nos églises qui propagent nos guerres. C'est charmant, cette obsession pour les prix occidentaux, n'est-ce pas ? En attendant, si vous voulez vraiment m'aider à payer mes factures de la SNEL (parce que l'État, lui, s'en fout de mon volume de notoriété), allez directement sur le site de mon éditeur Les Lettres Mouchetées ou sur la Fnac seulement car, contre toute attente, le livre papier excite toujours.
Et ne manquez pas non plus "Kulumbimbi", de Bayuwa di-Mvuezolo. Ah, cette rentrée littéraire va être chaude, chaude encore ! Car ce livre, qui nous raconte l'histoire (quelle histoire ? La nôtre, celle qu'on oublie entre deux bières), sera aussi mis sur scène de manière inattendue par le Collectif "Les Inattendus". Et croyez-moi, ce ne sera pas avec notre sexe cette fois-ci, même si bon... tout est bon quand tout est fait pour le plaisir primaire. Mais nous ne sommes pas des animaux, n'est-ce pas ? Nous sommes des êtres de culture, on a dit.
D'ailleurs, pour vous prouver que je ne suis pas le seul à souffrir de graphomanie aiguë dans ce pays, j'aurai le plaisir (ou la douleur, c'est selon) de partager le podium le vendredi matin avec mes camarades d'infortune des Éditions "Ma Plume Aiguisée". Venez découvrir cette "nouvelle garde" face aux défis du siècle. J'espère qu'ils ont aussi une garde-robe XXL pour leur ego. Regardez cette belle brochette d'ouvrages :
"Kodjo et le trésor de la forêt" par Ketsia Mavinga. Un coffre au trésor dans la forêt... J'espère qu'il contient des liquidités, parce que la culture, ça ne paie pas le loyer à Kinshasa.
"Idylle obsidionale" d'Alice Sakina. Une idylle en plein siège ou sous les bombes... Parce qu'à Kin, même quand tout brûle, on trouve encore le temps de tomber amoureux.
"Un interdit retour" de Victoria Ndaka M. Le panneau sens interdit est formel : quand tu quittes Kinshasa, ne repense plus à faire demi-tour !
"Acha, l'élue du Kongo" par Divine Kinkela Lina. Une élue de plus dans ce pays... Espérons qu'elle gère mieux son mandat que nos politiciens.
"Poèmes de l'âme et du temps" d'Aaron Ndenge. Le mec se tient la tête à deux mains sur la couverture. Je le comprends parfaitement : c'est l'effet exact que produit le coût de la vie ici.
"Le chaînon manquant - Éveil" d'Akhenaton Mwenabantu. Des chaînes partout. On cherche encore le chaînon manquant pour libérer la RDC de ses embouteillages.
"Les fables de Marleine Kenny Ekanga". Tiens donc, de la concurrence sur mon terrain des fables ? On va voir si ses animaux parlent aussi bien le langage des affaires que les miens !
"Jo, betela nga lisolo" de Jovitha Songwa. Ah ! Enfin quelqu'un qui veut nous raconter des histoires au coin de la parcelle sans passer par un discours politique.
"Le poids du sang" par Hindrick Luzolo Kupamusu. Un titre bien lourd et bien rouge... Comme la facture de l'hôpital après une crise de paludisme.
"Entre ombres et lumières" de Jessica Modua Mabiki. Poser au bord du fleuve au coucher du soleil... L'ombre c'est la SNEL, la lumière c'est le soleil qu'on n'a pas encore réussi à nous facturer.
Enfin bref, pour bien vivre cette belle rentrée littéraire et ne pas sombrer totalement dans mon cynisme, ne manquez pas les "10 nouveaux visages de la littérature congolaise" qui seront présentés par le Café Littéraire de Missy. Vous auriez tort de manquer à ce grand événement XXL. Car même si la littérature ne guérit rien, pas même la faim du monde ni mon grossissement, elle nous permet au moins de nous plaindre avec style.
On se voit au Centre Wallonie-Bruxelles, devant la bibliothèque, sur le podium extérieur. Sous le soleil. Probablement avec de la bière tiède. Et mon ego surdimensionné.
Maudit soit-il, mais venez quand même.
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