Le Billet : Au secours, Kunda revient !
On lui reproche d'écrire trop? Il faudrait surtout reprocher aux autres de n'écrire pas assez. Et c’est là que Kunda, malgré tout, nous est nécessaire. Comme une mauvaise herbe qui prouverait que la terre est encore fertile.
Samedi 29 août, au centre d’art Biasasa à Katuba, on y vernissait Le Vimba : chroniques des années noires à Lubumbashi, édité chez Hibiscus. C’est un livre qui se lit d’une traite, dans une préface de Prince Kaumba Lufunda Samajiku, à la couverture d’un fond bleu franc, une photographie de la fontaine de la Place de la Poste à Lubumbashi. Le titrage est en bande blanche, le nom de l’auteur en haut, le logo de l’éditeur en bas.
Au secours, Kunda revient !
Car Kunda revient toujours. Il ne s’en va jamais, à vrai dire. Depuis quelques temps, ses livres tombent, non plus au compte-gouttes, mais à robinet ouvert. Mes pérégrinations, Katuba : mon pays natal, Conscience bousculée, Le Vimba, Café au lait sans lait. Et des recueils de poèmes qui sont en fait des écueils de poésie, tant il y a à boire, à manger, à vomir.
Alors qu'on commence à s'y faire, après avoir rangé longtemps les dons dans nos placards, que déjà tout nous tombe dessus. Faut-il s’en inquiéter ?
Pourquoi est-il aussi fécond ? La question est sur toutes les lèvres. La seule réponse qui me vient : PARCE QUEEUUUUU ! ...Et le reste n’est que littérature.
Je tiens pourtant Conscience bousculée pour un livre. Son premier. Le seul, peut-être, que j’aie lu sans qu’il me tombe des mains. Sa prose a une espèce de sensibilité qui ne me déplaît pas. C’est un reporter qui note, qui rapporte, qui témoignage. C’est un presque style. Et c’est tout son style. Sa poésie, en revanche, me laisse de marbre.
Il faut cependant lui reconnaître ceci, et ce n’est pas rien : il a fait entrer Katuba en littérature, racontée par un fils du terroir, un fils « légitime. » Alors que les autres vendent des milieux fictifs, inventés à vil prix ; lui vend le sien. Et il en est fier. J’ai toujours eu de la tendresse pour les vendeurs de paysages natals. Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse (Musset) ?
Le Vimba se laisse lire. Il le faut même. Car il vient témoigner d’une époque que nos LMD, nos wesh, nos « chicheurs » - cette foule charmante et inculte - n'auraient pas connue sans ce texte. La trouvaille !
On peut tout lui reprocher à cet auteur : son style pas de style (du rapporté, du reportage), sa poésie décriée, les préfaces parfois plus inspirées que..., son populisme, mais qu'on ne lui conteste pas l'œuvre qu'il construit, petitement, doucement, à mains jointes.
Il a tout compris et joue le jeu :
Il donne du taf à son éditeur - il crée de l'emploi, surtout pour son imprimeur.
Il est l'auteur d'à tout moment - un autre livre peut tomber pendant que vous lisez ceci. (HashtagÀToutMoment)
Il a ses étudiants, disciples ad vitam aeternam, qui repostent sans que personne riposte.
Il met ses livres dans toutes les maisons - même si le Lushois n'aime pas qu'on lui offre gratuitement ce qu'il ne peut pourtant pas payer !
Je salue ici un collègue, un confrère. Un forçat, comme nous.
On lui reproche d'écrire trop? Il faudrait surtout reprocher aux autres de n'écrire pas assez. Et c’est là que Kunda, malgré tout, nous est nécessaire. Comme une mauvaise herbe qui prouverait que la terre est encore fertile.
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